3ème exemple de séquence : " Harlequin subverti "

Objectifs :
- Faire écrire en donnant du sens
- Faire réécrire
- Faire observer une littérature de consommation et ses recettes ; faire comprendre les raisons de son succès.

Séance n°1
2h

Écriture d'invention : Écrire un incipit d'une ou deux pages, par groupes, respectant les consignes Harlequin (sauf les points " Dialogues " et " Effet feuilleton ").
Lire des exemples

Séance n°2
1h30
Lecture des textes produits et analyse critique de deux ou trois d'entre eux en remplissant une fiche sur le respect des consignes Harlequin.
Séance n°3
2h
Lecture d'une sélection de quatrièmes de couverture et d'extraits de romans Harlequin : lister les raisons pour lesquelles ces romans peuvent plaire.
Mise en commun.
Élargissement : présenter d'autres livres, films, téléfilms, au fonctionnement analogue.
Séance n°4
1h
Lecture cursive des textes de Balzac, Zola, Ernaux. La classe est divisée en trois : chaque groupe étudie l'un des textes et répond à la question : " Que cherchent les écrivains selon ce texte ? "
Séance n°5
2h
Réécriture : Réécrire l'un des incipit, en gommant ce qui a inspiré les critiques de la séance 3, et en visant à plus d'originalité. Chaque groupe énonce ce qu'il pense être les intérêts nouveaux de l'histoire ainsi réécrite.
Séance n°6
1h30
Lecture des textes réécrits. Quelles sont les qualités de ce début de roman que n'aurait pas une histoire Harlequin ? En critiquer deux ou trois. Le professeur relève les productions écrites et les annote.
Séance n°7
1h
Lecture du texte de Calvino ; quel plaisir de lire y est évoqué ? Ecriture : " Pour moi, lire, c'est… " : écrire un paragraphe, ou énumérer.
Séance n°8
2h
Publication : Travail de groupes : mise en forme des histoires à partir des remarques des élèves et du professeur. Saisie au traitement de texte, reliure, distribution.

 

Exemples d'écriture d'invention correspondant à cette séquence n° 3 (cf. : Quatrième séance).

Sujet : Écrire une première page de roman en respectant les consignes Harlequin.

1er travail d'écriture sur ce sujet :

Décor : Guernesey
Quartier des villas milliardaires
Fort
Falaise
Saint-Peter Port
Personnages :
Lui : Loïs de Pareinac, grand reporter, à Guernesey pour un séjour de repos après avoir été otage en Afrique pendant des mois. Doit repartir pour l'Inde la semaine suivante. Point commun de ses reportages : dénoncer la misère et l'esclavage des enfants en tous lieux.
Elle : Clothilde Latour, styliste renommée pour une grande maison de couture parisienne. Grand passé de mannequin, longtemps une des reines des soirées de préparation des collections haute couture. Vit seule dans une maison immense depuis la mort de son mari - un accident trouble de voiture alors qu'il allait la rejoindre à Paris pour une de ces soirées. Ils avaient acheté cette maison deux jours avant sa mort.

La falaise était noyée sous une brume épaisse. On distinguait à peine les touches roses de la bruyère sur le relief superbe et effrayant de cette côte sauvage. La mer grondait, s'écrasait sur les récifs alors que les cris des goélands rendaient cette nature encore plus hostile.
Sur le sentier côtier, on devinait à peine une silhouette élancée. La jeune femme, emmitouflée dans un grand châle de cachemire fauve, regardait l'horizon. Elle semblait plongée dans une rêverie profonde que rien n'aurait pu troubler. C'était une très belle femme brune aux yeux verts immenses et mélancoliques…
Soudain un cri se fit entendre, tout près. Puis, plus rien…
Clothilde écouta attentivement. Il lui sembla percevoir un souffle, comme quelqu'un qui respirait avec difficulté. La brume commençait à se dissiper et pourtant elle ne distinguait rien. Courageusement, elle s'avança en direction de ce léger bruit.
S'éloignant quelque peu du chemin, dans les broussailles, elle heurta une forme. Un homme était étendu là, immobile.
Bravant sa peur, Clothilde s'approcha. Elle découvrit alors que cet homme était blessé, une large tache de sang maculait son pull clair…


2ème travail d'écriture sur ce sujet :

Pensive, elle contemplait le Parlement. Des souvenirs affluaient à sa mémoire : son enfance si joyeuse, sa joie lorsqu'elle déambulait dans Rennes en compagnie de sa grand-mère qui avait su prendre soin de la petite orpheline.
Ses magnifiques yeux émeraude se voilèrent ; d'un geste lent, élégant, elle sortit un mouchoir de fine dentelle immaculée brodé à ses initiales : CH, pour Clarisse Harlowe. Elle effaça les traces de son chagrin : son métier de grand reporter exigeait sang-froid et professionnalisme.
Ce monument prestigieux et ses inestimables trésors si chers à sa Grand-Mamy s'évanouissaient en fumée. Micro au poing, Clarisse s'élança pour interviewer le vieux monsieur au visage bouleversé.
Soudain, un clameur monta de la foule de badauds rassemblée sur la place. Clarisse tourna le regard vers la grande bâtisse en flammes : on distinguait une silhouette qui se battait contre les forces déchaînées de l'incendie. C'était un homme de haute stature…
La clameur s'amplifia, un " hourra " éclata : l'homme venait de sortir de l'enfer. Le cœur battant, Clarisse vit s'approcher le héros, les cheveux en bataille, noirci par ses ardents exploits.
Dardant la foule agglutinée de son regard de braises, il se dirigea vers la jeune journaliste.
Se plantant devant elle, la dominant de toute sa taille, il la fustigea de la sorte :
- Rapaces que vous êtes, ne pouvez-vous agir au lieu d'assister muets à la perte de notre patrimoine…
Sur ces paroles, il brandit le minuscule tableau qu'il venait d'extraire du brasier…
Clarisse, émue, reconnut le tableau préféré de sa Mamy…


3ème travail d'écriture sur ce sujet :

Cadre spatio-temporel :
île Maurice, de nos jours ; grands hôtels, cadre tropical.
Personnages :
Elle : blanche, ancienne famille de colons, producteurs de canne à sucre, travaille avec une clientèle de luxe de grands hôtels, rôle assez peu défini d'hôtesse d'accueil.
Lui : hindou, famille de politiciens, a fait ses études à Oxford, avocat, revient dans l'île.
Action : in medias res :
Elle, pressée, a failli le renverser en tant que piéton, coup de foudre immédiat, ses clients japonais ont disparu, il va l'aider à les retrouver et à démanteler un réseau de malfaiteurs (drogue ? Arnaques financières sur les touristes ?)
Personnages secondaires :
un vieux Noir, ancien serviteur de la famille les aide, l'opposition des pères (hindou et blanc) au couple mixte.


Elle serra les freins en même temps que les dents ; elle ne l'avait pas vu ; il avait débouché d'un étal de marchands de beignets et d'accras autour duquel une foule bigarrée de clients affamés s'était agglutinée. Elle avait eu le bon réflexe d'appuyer à fond sur la pédale et la petite voiture blanche décapotable s'était immobilisée dans le bruit strident des freins dominant le brouhaha ambiant des rues encombrées de Port-Louis. Mais lui l'avait à peine remarquée ; grand, mince, coiffé d'un canotier de paille, il s'était précipité pour héler un taxi cahotant de l'autre côté de la rue. Et puis, alerté par la soudaine immobilisation des badauds, aguichés par la vue d'un accident en direct, il avait porté un regard circulaire en essayant de comprendre une réalité qu'il percevait d'instinct. Il comprit immédiatement lorsqu'il aperçut la jeune fille blême sous son hâle doré, agrippée à son volant et incapable de faire un mouvement, paralysée par la peur rétrospective d'avoir frôlé l'accident. Émilie de Briseville était encore tremblante, mais elle se ravisa vite :
- Vous devriez faire plus attention, lança-t-elle de façon laconique au jeune homme.
- Excusez-moi, Mademoiselle, j'étais perdu dans mes pensées, rétorqua-t-il en s'avançant vers elle avec un sourire charmeur qui fit briller sa dent en or dans un éclair qui électrisa Émilie. Je m'appelle Ram Ravidisishumavi - avec un nom pareil, on reste coucher dehors, me disent toujours mes amis étudiants d'Oxford, continua-t-il en accentuant son sourire.
Émilie le regarda droit dans les yeux. Tout à coup, le temps s'était arrêté, le vent n'agitait plus les palmes des cocotiers plantés au bord de la route, le soleil écrasant s'était soudain obscurci, la foule de toutes les races, hétéroclite et bruyante, avait disparu. Elle contemplait le long visage ovale de son interlocuteur, ses yeux doux avec l'éclat noir du jais, petite étincelle inquiétante de son regard (il louche ? Non, c'est impossible, il ne peut pas loucher, se disait-elle dans son for intérieur, je l'ai reconnu, c'est mon dieu, mon soleil). Elle osa enfin lui renvoyer ce sourire enjôleur, enchanteur, évanescent, l'arme fatale devant les hommes qu'elle savait imparable. Elle enleva ses lunettes de soleil pour lancer cet éclair bleu ciel de ses yeux, regard de biche, et sa casquette qui laissa échapper ses boucles blondes de Boucle-d'or…

N.B. : Ces texte ont été produits par les professeurs stagiaires.

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Séquence 4



Oeuvre reproduite : Le Scribe accroupi, Musée du Louvre, Paris.