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     L E   D O S S I E R


Quel lien existe-t'il entre l'EPS et le socle commun des connaissances et compétences, prévu par la loi d'orientation sur l'avenir de l'école ?

YE - La définition institutionnelle du socle commun marque les prémisses d’un changement : les textes ne s’attachent plus exclusivement aux disciplines mais mettent en avant les compétences et connaissances, autant d’apprentissages dans lequel l’EPS a son rôle à jouer. Tout individu développe des potentialités et des compétences au-delà des disciplines particulières.
L’EPS peut dépasser son champ, par exemple en participant à la maîtrise de la langue française. Ainsi, l’élève qui prépare une course d’orientation, ou observe une épreuve d’athlétisme par exemple est obligé de communiquer de manière complexe et efficace pour réussir à échanger au sein d’un groupe. De la même façon, l’élève utilise des notions de mathématiques pour remplir un tableau de résultats à double entrée et évaluer ce qu’il vient de produire.


Et avec les PPRE ?
YE -Dans le cadre des programmes personnalisés de réussite éducative ou PPRE, la question du rôle que l’EPS peut jouer dans la réussite scolaire est posée. Il serait possible de définir les actions particulières à réaliser en EPS, à condition de savoir repérer et analyser la difficulté scolaire.
Prenons par exemple une activité de combat. Deux élèves n’arrivent pas à faire chuter leur adversaire. Cet échec peut être causé par une incapacité à s’auto évaluer (l’élève n’a aucune conscience des effets qu’il produit sur l’adversaire), ou bien par une incapacité à identifier les problèmes (l’élève ne voit pas les problèmes à résoudre : d’abord déséquilibrer avant de projeter son adversaire).
L’analyse de ces difficultés permet d’individualiser les démarches à adopter pour réussir à apprendre.




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Entre le 27 novembre et le 8 décembre 2006, Michel Buttifant, Yves Eveillard et Claude Volant, IA-IPR d'éducation physique et sportive, ont réalisé 9 animations sur le thème "EPS et socle commun des connaissances et compétences" auprès des enseignants de collège de l'académie.


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> www.ac-rennes.fr





(1) développer ses capacités énergétiques, affectives, cognitives, informationnelles, mécaniques.

 

E N T R E T I E N    A V E C    Y V E S   E V E I L L A R D   E T    J E A N   T R O H E L

L’éducation physique et sportive
à l’Ecole :
apprendre à agir en réfléchissant
 
L’EPS s’intéresse à la personne de manière globale. Elle lui apprend à résoudre des problèmes de la vie quotidienne et à adopter les comportements de responsabilité, de solidarité et de citoyenneté indispensables à la vie sociale.




Quelle est la place du corps à l’école aujourd'hui ?


Yves Eveillard -L’école a encore tendance à donner une place plus importante aux facultés intellectuelles qu’à la personne tout entière. Bien souvent, le corps est seulement « toléré ». On pense à lui lorsque l’on traite d’un problème de santé publique comme l’obésité, ou la prise en compte d’un handicap, ou encore comme un moyen de défoulement, en opposition au travail intellectuel. L’éducation physique et sportive est alors censée permettre d’évacuer certaines fatigues et surcharges intellectuelles.
La question se pose de savoir si le corps existe à l’école de façon totalement dissociée de la personne, comme un corps qui dépense de l’énergie et peut apprendre des techniques sportives, ou bien si l’élève est considéré dans sa globalité ?
En fait l’école est encore très dualiste, le corps est essentiellement considéré comme une enveloppe. Pourtant, l’identité d’une personne s’exprime par son action sur le monde à travers son corps.

Jean Trohel :La place du corps à l’école est en effet très réduite. Je pense à la configuration des classes, à l’organisation de l’enseignement par discipline. Le corps est contraint pour des questions de gestion de la classe et de non perturbation des cours.
Cela renforce la place qu’occupe l’EPS, comme l’une des seules disciplines qui mette en avant le corps et l’individu dans sa globalité.

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A quoi sert l'EPS aujourd'hui à l'école ?


YE-Ce rôle varie selon le regard porté sur le corps et sur l’individu. L’EPS peut avoir un rôle thérapeutique : effet positif sur la santé, sur le stress. L’EPS permet aux élèves d’avoir un moment d’activité de détente.
Mais l’EPS pourrait être considérée différemment, à l’égal des autres matières. Elle développe chez l’élève des capacités, des habiletés méthodologiques ou motrices, qui lui permettent de résoudre les problèmes de son existence quotidienne (marcher dans la rue en évitant les voitures), ou les obstacles relatifs à l’apprentissage. On peut penser que les compétences acquises en EPS permettent de transférer des connaissances d’une activité physique à une autre. Ainsi, l’apprentissage de l’équilibre par exemple (connaissance fondamentale) peut aider les élèves à réussir à faire du ski, en toute autonomie. C’est ce que l’on appelle l’intelligence motrice.

JT-L’EPS fait du bien ! L’un de ses premiers rôles est d’améliorer les capacités physiques des élèves à travers différentes activités. Elle peut aussi contribuer à réduire certaines inégalités de départ, y compris sociales et familiales. Par exemple, en proposant aux élèves des activités auxquelles ils n’auraient pas eu accès (le ski, le tennis, le golf…), ou encore, en pratiquant toute l’année une activité pour un coût modique, au sein d’une association sportive, en compétition ou non.
J’insisterai sur la notion de plaisir, qui met les élèves plus facilement en situation de réussite. L’EPS a une influence majeure dans le développement de l’estime de soi.
Son rôle varie aussi en fonction du public auquel on s’adresse. J’ai fait l’expérience d’une classe de sixième EPS en Seine-Saint-Denis (comprenant une heure supplémentaire d’EPS par rapport aux horaires classiques de l’époque). Cette organisation a conduit certains élèves en grave difficulté scolaire, souvent livrés à eux-mêmes, à valoriser leur expérience extra-scolaire. La réussite rencontrée dans les activités d’EPS a permis de retenir à l’école certains élèves décrocheurs.
L’EPS peut, à certaines conditions, lorsque l’on prend en compte l’environnement et pas uniquement l’activité, donner envie d’apprendre, parce qu’elle s’intéresse aux capacités et aux attitudes des élèves.
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Qu’apprend-on en EPS ?


JT- : Les enseignants visent plusieurs types d’acquisition chez les élèves : les apprentissages spécialisés (les compétences relatives aux activités physiques, sportives et artistiques), le développement du potentiel d’adaptation (le développement des capacites 1), la transformation des attitudes (l’acceptation des différences, le respect de la règle, le travail en groupe, une meilleure connaissance de soi, etc) et l’acquisition de méthodes de travail (concevoir un projet en groupe,s'appuyer sur ses résultats pour définir un projet personnel, observer un camarade pour l'aider...). A travers des activités qui ont du sens, les élèves vont développer ces compétences. Selon le public, le moment de l’année, l’établissement, l’accent sera mis sur l’une ou l’autre de ces acquisitions.
YE : En fait, la motricité humaine s’organise sur des connaissances fondamentales (courir, sauter, lancer…) qui permettent de construire des réponses adaptées. L’EPS offre à l’élève la possibilité d’expérimenter des activités très variées : dans divers milieux (l'eau, la neige), dans diverses configurations (seul ou en groupe).
L’enseignant doit construire les situations permettant d’acquérir ces connaissances. Il arrive un moment où un individu très à l’aise va devoir acquérir des techniques pour être encore plus performant. L’EPS s’efforce de développer un individu capable de s'adapter.haut de page
En quoi l'EPS peut-elle contribuer à l'éducation à la santé, à la responsabilité, à la sécurité, à la citoyenneté ?

JT- : Si je reprends les objectifs de transformation, le bien-être physique et psychologique, l’estime de soi participent à l’objectif de santé. Développer ses facultés d’adaptation est un enjeu fondamental pour l’éducation à la santé. Par exemple, accroître les capacités énergétiques de l’élève afin de le rendre plus endurant, doit être un des objectifs de l’enseignant. Il doit apporter une attention particulière à l’intensité, à la durée de l’effort sur toutes les activités proposées. Cet aspect est parfois négligé et c’est pourquoi nous proposons aux enseignants des stages de formation continue dans ce domaine.

YE : L’éducation à la santé est très délicate avec les jeunes. Si l’élève est en bonne santé, il va lui être très difficile de s’engager dans un projet de santé : il se sent naturellement en pleine forme. On peut lui faire vivre des expériences qu’il mettra en rapport avec sa santé, en espérant qu’il comprenne que cette connaissance de soi est réutilisable dans sa vie future. Par exemple, une course de durée lui permet de savoir jusqu’à quelle vitesse et pendant combien de temps il peut courir sans douleur ni essoufflement excessif. Ces connaissances lui seront utiles plus tard. D’où l’intérêt de proposer à l’élève des expériences qui lui resteront en mémoire, et qui seront réutilisables.

JT : La pratique physique bien menée va contribuer à la santé de l’élève, celle d’aujourd’hui et de celle de demain. Pour qu’il ait envie de poursuivre une pratique physique extra-scolaire favorable à la santé, il est nécessaire de lui faire vivre des émotions fortes, génératrices de plaisir.

YE : On pourrait citer aussi l’éducation à la sécurité. L’EPS peut aider l’élève à mieux estimer les risques réels et à mieux connaître ses propres capacités. Cet apprentissage s’effectue à travers des actions comme parer, aider, choisir un niveau de difficulté… seul ou avec les autres.
Vous posiez aussi la question de la responsabilité. Je pense que les élèves deviendront plus responsables si on les encourage à faire des choix, à être actif, à jouer un rôle. Cela suppose que l’enseignant d’EPS leur fasse confiance, condition nécessaire au développement de leur autonomie. Toutes les disciplines sont concernées par cette question.

JT :
A travers des activités physiques, l’EPS propose aussi différents rôles sociaux aux élèves. Chacun peut être tour à tour arbitre, adversaire, partenaire, spectateur, chronométreur, etc. Le cours crée les conditions d’apprentissage de comportements citoyens pour organiser un groupe, respecter les règles et accepter les différences. L’EPS est un élément de cette éducation, bien sûr, pas à elle seule, mais avec les autres disciplines.
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